r À pied d’œuvre
Valérie Donzelli, France, 2026o
Un photographe reconnu, père divorcé de deux enfants, abandonne son métier pour se consacrer à l'écriture, et découvre la précarité. Obligé d'accepter des petits boulots mal payés afin de joindre les deux bouts, l'écrivain apprend à ses frais qu'achever un texte ne veut pas dire être publié, qu'être publié ne veut pas dire être lu, qu'être lu ne veut pas dire être aimé, qu'être aimé ne veut pas dire avoir du succès, et qu'avoir du succès n'augure aucune fortune. – Inspiré d'une histoire vraie.
Aussi remarquable que modeste en apparence, le nouveau film de Valérie Donzelli (L'amour et les forêts, Notre dame), adapté du roman de Franck Courtès À pied d’œuvre, aborde les conditions de vie d’un écrivain parisien désargenté. Le fait d’une écriture dense et précise, le long-métrage retrace, en à peine une heure trente, l’enchaînement de circonstances malheureuses – et parfaitement vraisemblables – qui conduisent un ancien photographe et père divorcé de deux enfants, lancé sur le tard dans l’écriture, à accepter des petits boulots mal payés afin de joindre les deux bouts. La description de ce nouvel univers du travail, où le dumping salarial impose sa loi, est proprement glaçante: on y découvre comment des femmes et des hommes, au seuil de la misère, bradent leur salaire horaire sur une application mettant aux enchères des offres d’emploi, le contrat revenant à celle ou celui qui se vend au tarif le plus bas. Souvent romantisée au cinéma, la condition d’écrivain se trouve ici dépeinte au plus près des réalités socio-économiques de notre temps, où le travail créatif baigne le plus souvent dans une précarité qui ose rarement dire son nom. L’intérêt du film dépasse toutefois de loin la seule peinture sociologique: à travers des plans serrés à la composition sobre, qui soulignent l’étau financier étouffant le protagoniste (Bastien Bouillon, remarquable), Donzelli imagine un langage cinématographique réduit au strict nécessaire. Cette manière d’adéquation entre la forme et le contenu, jamais poussive, constitue un parti pris d’une pertinence rare. À l’intelligence de la mise-en-scène répond celle du personnage. Même au cœur des situations les plus déshumanisantes, s’exerce une lucidité de regard qui force le respect.
Emilien Gür
