À bras-le-corps
Marie-Elsa Sgualdo, Suisse, Belgique, France, 2026o
1943, dans le Jura suisse. Tandis qu’à la frontière la guerre fait rage, Emma, quinze ans, vit dans l'ordre rigoureux de son petit village. Enceinte à la suite d'un viol, elle défie l’hypocrisie morale de la communauté rurale pour se frayer un chemin vers l’autodétermination.
La réalisatrice originaire de La Chaux-de-Fonds Marie-Elsa Sgualdo, âgée d’un peu moins de quarante ans, avait déjà suscité un certain retentissement avec ses quatre courts-métrages de fiction, réalisés durant et après ses études de cinéma. Son premier long-métrage a d’emblée décroché une sélection au Festival de Venise, avant de recevoir en mars le Prix du cinéma suisse dans les catégories «meilleure photographie» et «meilleur montage». Œuvre de fiction, le film raconte les souffrances et l’émancipation d’une jeune Jurassienne, tombée enceinte à quinze ans après un viol en 1943. La fille de couturière contracte alors un mariage de raison pour sauver son honneur, puis se libère du carcan conjugal comme ouvrière élevant seule son enfant aux côtés de sa mère, mise au ban de la société pour ses amours adultères. Sur le plan thématique, il s'agit d'un terrain plusieurs fois exploré, et on regrette que soient éludés certains moments particulièrement riches (et délicats) sur le plan narratif. Au niveau formel, le film compense ces faiblesses par l'excellente qualité de la direction artistique, de la photographie, du travail sur le son et de la mise en scène, qui lui confèrent une remarquable cohérence stylistique. La véritable révélation n'en demeure pas moins l'actrice principale, Lila Gueneau, âgée d'à peine vingt ans, découverte récemment dans Eat the Night. C’est précisément lorsque la jeune actrice ne dit rien – parce que les circonstances historiques imposent à son personnage une «rébellion silencieuse», pour citer le titre international – que son visage et son corps parlent avec le plus d’éloquence. Il ne fait aucun doute qu'on réentendra parler d’elle et qu'on découvrira des nouvelles facettes de son talent.
Andreas Furler
